Vasleï Mitta, poète tchouvache.

Le 5 mars 1908 naquit Vasleï Mitta, poète tchouvache. Sa vie était dure et passionnante à la fois.

Vasleï Mitta. Source photo : wikimedia.org

Vasleï Mitta. Source photo : wikimedia.org

Né dans une famille de paysans, Vasleï s’intéresse à la poésie russe et tchouvache dès son adolescence. En 1924 il entre au lycée professionnel (pédagogique) à Oulianovsk, la ville natale de Lénine (Vladimir Oulianov) où existait une grande diaspora des tchouvaches. Après avoir fini ses études Vasley travaille comme rédacteur et publie différents articles et des poèmes dans des magazines régionaux. Pendant quelques années il enseigne dans une école villageoise en Tchouvachie et travaille ardemment avec des membres de kolkhozes. A la fin des années 1920, il travaille dans la capitale de Tchouvachie, Choupachkar (en russe, Tchéboksary) dans diverses rédactions de journaux et de radio.

Pendant la première moitié des années 30, Vasleï participe aux expéditions ethnographiques et aux brigades de poètes. La plume est une arme très subtile aux fins politiques. Malgré sa participation à la construction de la société communiste sous le régime de Staline Mitta n’est cependant pas aveuglé et exprime son désaccord avec les apparatchicks. En 1937 il prononce son célèbre discours pendant la conférence de l’Union des écrivains tchouvaches, le bureau régional de l’Union des écrivains soviétiques, créé à l’initiative du Comité Central du Parti Communiste.

Dans son discours Mitta dénonce les répressions contre des jeunes spécialistes et critique les activités du conseil d’écrivains tchouvaches qui visent à éliminer la culture nationale tchouvache sous prétexte de la lutte avec le nationalisme contre-révolutionnaire. Voici un extrait du discours qui lui a coûté très cher : 10 ans de camps de Goulag, même si les accusations portées ne semblent pas être vraiment contre-révolutionnaires… « Je vous dénonce, camarades, […] que vous oubliez les aspirations les plus sécrètes de notre peuple libéré – de notre meilleur avenir. Que vous ne croyez pas au fait que notre peuple doué, avec d’autres peuples, intégrera l’ordre communiste, – où nous aurions le langage commun et la culture commune, – avec sa culture riche qu’il apportera au trésor du monde en tant que [composant] nécessaire, en tant que souvenir éternel de notre peuple : beau, inspiré par le devoir, travailleur et intelligent. Le peuple qui a été mis au niveau avec tous les autres peuples seulement grâce au parti de Lénine et Staline et à l’amitié de tous les peuples. Vous oubliez, camarades, que si nous n’avions pas de notre propre histoire avant la révolution d’Octobre – ce n’est pas de notre faute. Mais nous serons accusés si nous n’aurons pas de cette histoire après » (tiré du Lors les années tragiques : écrivains, journalistes et savants tchouvaches réprimés, rédigé en russe par Valeri Koshkine et publié à Tchéboksary en 2013).

En 1949 Vasleï est condamné une nouvelle fois et ne sera libéré qu’en 1954, après la mort de Staline. Il ne dénonce pas directement ses collègues qui sont restés pendant ces longues années au sein de l’Union des écrivains, mais reprend le travail comme consultant littéraire et finit sa vie en travaillant dans les magazines tchouvaches.
Vasleï Mitta est mort en 1957

Voici son poème « Chanson des Tchouvaches du Sud », qui est publié en français dans le livre « L’oeil des champs : anthologie de la poésie tchouvache établie et présentée par Guennadi Aïgui », Collection d’Unesco, Circe, 1996, ainsi que sa version originale, en tchouvache :

Chanson des Tchouvaches d’aval  
A peine si nous avons du bien à peine
et nulle foison d’or

Nous n’avons besoin de grand-chose
quand nos frères sont parmi nous

Beaucoup de choses cessent et il suffit de peu
Que comparer avec l’entente dans la vie ?

Ce que nous avons est pour tous
et ce dont nous manquons : moitié moitié !
Et comment pourrait-il en aller autrement, frères ?

D’en haut la prospérité arrose très rarement
Mais l’aise que nous avons ne périclite pas

Les meilleurs des fées – ménagement, modération.
Nous sommes vos protégés, espoirs et bonheur.

Que l’aîné partage son esprit, le cadet sa force
Homme, qu’un autre homme ne te soit pas de trop !

A toi, maison propre, maison fortifiée par un travail clair
Gloire, bénédiction, honneur, et tout ce qui est un bien.

Gloire et bénédiction dans les siècles des siècles
pour le pain du tchouvache salé par la sueur.
Анатри юрă
Ман пурлăхăм чух, пин ылтăнăм çук,
Нумай кирлĕ мар тăван пĕрле чух.
Нумай та пĕтет, сахал та çитет,
Тату пурнăçа элле мĕн çитет?

Пурри вăл — пĕрле, çукки — çурмалла.
Тата, тăвансем, мĕнле пулмалла?
Çӳлтен ĕрехет сайра пĕрĕхет,
Çапах иксĕлмест пирти перекет.

Ырсенĕн ырсемĕ – Управ та Тирпей,
Эсир пирĕн хунтă, шанчăк, телей.
Ăс патăр ватти, вăй патăр яшши.
Этем, этеме ан пул ытлашши.

Тивлет те сăвап, мухтав та пехил
Сана, ыр ĕçре хунан таса кил!
Мухтав та пехил ĕмĕр-ĕмĕрне
Тарпа тăварланă ыраш çăкарне!
(Source de la version tchouvache: http://chuvash.org/lib/haylav/print1271.html)

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